
COMMUNIQUÉ du
4 décembre
2002
Révérence Rupert sonne les matines
Landry
confirme la destruction des rivières cathédrales
"Quand
on s'en va vers 55 000 MW hydrauliques installés, on peut être plus critique
pour la
construction de petites centrales."
Le
discours du 26 novembre dernier donnait un signal clair: le Premier Ministre
Landry venait d'annoncer la défiguration des grandes rivières de la Baie
James, de la Baie d'Ungava et de la Baie d'Hudson.
Bondissant
sur des centaines, voire des milliers de kilomètres, ces magnifiques rivières-fleuves
méritent véritablement l'appellation de "cathédrales d'eau". Joyaux
du patrimoine mondial, ces puissantes artères hébergent et nourrissent une
biodiversité unique à l'équilibre fragile, assurent la survie des traditions
de nations autochtones et composent un paradis écotouristique de renommée
internationale.
Nous exhortons les environnementalistes, les amants des rivières et les
artistes parrains à poursuivre leur extraordinaire croisade. Nous nous réjouissons
avec eux de leur récente victoire. Hélas, une autre bataille est à venir! Car
maintenant que sont sauves nos chapelles, ces charmantes cascades de nos
villages, il nous faut regagner nos majestueuses cathédrales, plus menacées
que jamais. Nous savons le courage qu'il faudra à nos vaillants artistes. Nous
savons combien le constructeur de barrages national commandite l'univers
artistique via les festivals, les théâtres d'été et autres événements du
genre. Mais nous leur demandons, pour l'heure, de ne pas céder à une gratitude
hâtive envers un gouvernement qui s'autorise dans le nord des ravages bien
pires que ceux qu'il vient d'interdire dans le sud. Rappelons que ces
mini-centrales n'étaient somme toute que des épines dans le pied d'Hydro-Québec,
première à se réjouir de leur abandon.
Et
la place des grandes rivières dans la Politique
nationale de l'eau ?
Néant.
Des 33 organismes de gestion des bassins annoncés, par un seul ne prend en
compte les vastes réseaux hydrographiques nord-québécois. En ignorant d'emblée
plus de la moitié de toute l'eau douce du Québec, la nouvelle Politique de
l'eau perd beaucoup de sa crédibilité. Comme d'ailleurs la Stratégie québécoise
sur les aires protégées, dont le découpage évite habilement les plus belles
rivières de notre patrimoine. Hydro-Québec a encore et toujours le champ
libre…
Rappelons
que l'hydroélectricité n'est plus considérée source d'énergie verte, propre
ou renouvelable. Il est aujourd'hui démontré que les grands aménagements
hydroélectriques, en altérant la composition physico-chimique de l'eau, en
noyant de vastes forêts et en asséchant des rivières entières, bouleversent
les habitats aquatiques, riverains, terrestres et maritimes, ainsi que la vie
qu'ils abritent, sur des milliers de kilomètres carrés. Leur impact sur les
changements climatiques a de plus été largement sous-estimé.
Pour
Jean-François Blain, analyste indépendant en énergie, de sérieuses questions
se posent. "Compte tenu des ressources énergétiques dont il dispose, de
son potentiel éolien encore inexploité et du potentiel d’économies d’énergie
disponible, le Québec n’a aucun intérêt à se lancer tête baissée dans le
harnachement inconsidéré de tous les cours d’eau situés sur son territoire,
quels qu'en soient l’éloignement et les risques financiers associés"
soulève l'expert dans son mémoire récemment déposé au BAPE dans le cadre
des audiences publiques sur le projet du Suroît.
Nous
nous devons de sonner les matines, non pour casser
le party, mais pour réveiller les fidèles
hypnotisés par une religion d'État qui n'est plus que l'ombre du rêve
qui a présidé à sa création dans les années 60. Il va falloir un jour
ouvrir au moins un œil et constater qu'il se trame sous les robes de nos hydroélectriciens
des choses pas catholiques du tout pour le patrimoine national. Et se tourner résolument
vers le développement durable et culturellement acceptable de nos régions
ressources, en mettant fin aux emplois éphémères et aux déficits
environnementaux injustifiés.
Source:
Révérence Rupert